# Rapport sur les freins à l'économie du tourisme : ce que dit le volet sur les données

> Le 7 octobre 2026, des députés ont publié un rapport sur les freins à l’économie du tourisme. Que dit-il des données touristiques et de leur partage ?

Publié le 15 octobre 2026
Source : https://cyril-gervais.com/blog/rapport-freins-economie-tourisme/

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**Le 7 octobre 2026, les députés Alexis Jolly et Vincent Rolland ont présenté leur rapport sur les freins au développement de l'économie du tourisme[^rapport]. Il a été reçu de façon "pour le moins mitigée" : [Tourmag](https://www.tourmag.com/Tourisme-dereguler-et-copier-le-modele-espagnol-la-fausse-bonne-idee_a133576.html) y relève une sémantique favorable aux entreprises et des observateurs contestent la fiabilité de la comparaison avec l'Espagne.**

**Au-delà de la polémique, je me suis intéressé au volet sur les données touristiques. Il est succinct... Moins de 4 pages sur 63, et aucune des 18 recommandations proposées n'y fait référence. C'est paradoxalement pour cela qu'il mérite qu'on s'y intéresse, parce qu'en sous texte, il en dit beaucoup sur la manière dont la filière gère et partage ses données.**

## Ce que dit le rapport parlementaire sur les données touristiques et le pilotage

**Le rapport juge l'usage de la donnée touristique largement sous-exploité. Il relève quatre obstacles :**
- **l'accès difficile aux données économiques et "l’absence pure d’informations"**
- **le cloisonnement des flux et des jeux de données**
- **l'incertitude des indicateurs de fréquentation**
- **des données difficilement "spatialisables"** (non localisées sur un territoire)

Le rapport renvoie en note au site de [France Tourisme Observation (FTO)](https://www.france-tourisme-observation.fr/), qui décrivait ces mêmes difficultés pour expliquer la création de son data hub en 2021.

## L'apport du tourisme dans le PIB, l'illustration du problème

Le rapport reconnaît qu’en l’absence de données stabilisées et partagées, il est difficile d’estimer de façon fiable le poids du tourisme dans le PIB. Il précise même que les résultats varient selon les périmètres retenus. Pourtant, quarante pages plus tôt, il reproduit un tableau de l'Alliance France Tourisme opposant une fourchette française non datée (~ 7-8 %), issue d’estimations, à un chiffre espagnol ponctuel (12,6 % en 2024) tiré de l’INE (Instituto Nacional de Estadistica).

**L'Espagne mesure le PIB associé à la demande finale touristique (200,7 Md€ en 2024), c'est-à-dire en incluant les apports indirects[^INE]. L’Insee, lui, mesure un PIB direct de 3,8 % en 2023 (108,7 Md€), limité à la richesse créée par la consommation des visiteurs[^insee].** Aucun de ces chiffres n’est faux, mais ils ne mesurent pas la même chose.

**Sans indicateur harmonisé, chacun retient son chiffre, et la comparaison perd tout son sens analytique.**

| Chiffre | Source | Périmètre | Année |
|---|---|---|---|
| 3,8 % | Insee | PIB direct du tourisme | 2023 |
| 12,6 % | INE | PIB associé à la demande finale, incluant les apports indirects | 2024 |
| 7-8 % | Alliance France Tourisme | Non précisé | Non datée |

> *Comprendre la différence de mesure avec un exemple fictif :*\
> Un touriste paie un repas au restaurant 30€ hors taxes.\
> Pour le préparer, le restaurant achète pour 12€ de matières premières et d'énergie.
>
> - L'Insee mesure le PIB direct. On compte la valeur ajoutée du restaurant, soit 30 - 12 = 18€. C'est ce qui sert à payer le cuisinier, le serveur, le loyer et la marge du restaurateur.
> - L'INE mesure l'activité liée à la demande touristique, y compris les apports indirects. On remonte aussi chez les fournisseurs. Les producteurs (maraîcher, boucher, vigneron...) créent eux aussi de la valeur ajoutée sur ces 12€, et leurs propres fournisseurs (semences, aliments pour le bétail, bouteilles) aussi. Au total, on retrouve les 30€, moins tout ce qui a été importé le long de la chaîne (un vin étranger, le carburant du tracteur...).
>
> **Le même repas pèse donc 18€ dans un cas et 30€ dans l’autre, sans que l’activité réelle soit différente.**

## France Tourisme Observation, DATAtourisme, l'Alliance France Tourisme : trois façons de produire et de diffuser des données touristiques

Les trois dispositifs cités par le rapport ne sont pas comparables :

- **France Tourisme Observation propose des données, en accès privé.** Piloté par Atout France, ce data hub agrège une cinquantaine de sources selon le rapport (aérien, hébergement, dépenses internationales, fréquentation domestique), en réalité 75 selon le site FTO. Seuls les CRT, les agences départementales et les offices de tourisme y accèdent, par convention annuelle.
- **[DATAtourisme](https://www.data.gouv.fr/datasets/datatourisme-la-plateforme-nationale-des-donnees-touristiques) : des données ouvertes, sur l'offre seulement.** Piloté par ADN Tourisme, il diffuse sous Licence Ouverte plusieurs centaines de milliers de points d'intérêt produits par les OT, ADT et CRT, accessibles par API. Il recense l'offre touristique et non la fréquentation.
- **L'observatoire de l'Alliance France Tourisme met à disposition des analyses gratuites, pas des données.** Il repose sur la contribution des entreprises membres. La publication de janvier 2026 de son [Observatoire de l'industrie du tourisme](https://www.alliance-france-tourisme.fr/posts/observatoire-de-lindustrie-du-tourisme), porté avec Régions de France, propose un communiqué, une synthèse et l'étude complète. Il s'agit de rapports, sans accès aux données brutes.

**Aucun des trois n'ouvre à tous des données de fréquentation spatialisées.** FTO fonctionne en accès conventionné, DATAtourisme ne contient pas de fréquentation, l'Alliance France Tourisme publie des analyses. Chacun conserve ses données et publie ses propres rapports.

D'autres producteurs sont simplement oubliés. On pense notamment à [Flux Vision d'Orange](https://www.orange-business.com/fr/solutions/data-intelligence-iot/flux-vision) qui dispose de données spatio-temporelles de fréquentation grâce à la téléphonie mais qui repose sur une offre commerciale payante, ainsi qu'à tous les observatoires locaux.

## Quels sont les reproches faits aux données touristiques publiques ?

**Le rapport souligne le travail effectué dans le cadre de France Tourisme Observation :**

> "La base de données touristiques s’est considérablement enrichie de l’agrégation d’une multitude de données issues d’une cinquantaine de sources : ainsi du transport aérien, des données d’hébergement, des données de dépenses internationales ou de fréquentation domestique. La plateforme propose désormais des outils de suivi de la conjoncture, un baromètre de l’Hôtellerie de plein air, un Observatoire mutualisé du locatif, un Observatoire de l’emploi touristique ou encore une application Marchés internationaux..."

Pourtant, il relaie tels quels les reproches de l'Alliance France Tourisme, et Atout France, qui pilote FTO, ne figure pas dans la liste des structures auditionnées.

Plusieurs acteurs, écrit l'Alliance France Tourisme, s'interrogent sur le fait que "certaines données ou analyses demeurent payantes" alors qu'elles reposent en partie sur les données des entreprises partenaires. **Les rapporteurs résument : "elle juge l'action de FTO superfétatoire" avant de conclure que les acteurs peinent à mutualiser leurs données.**

Les professionnels entendus ou cités vont dans le même sens :
- La FNHPA (Fédération Nationale de l'Hôtellerie de Plein Air) regrette le manque de données territorialisées sur les retombées des campings.
- L’Union des aéroports français "recommande de structurer une méthode de développement des liaisons aériennes touristiques, fondée sur le partage de données entre aéroports, comités régionaux du tourisme, collectivités et professionnels. Il pourrait également être possible d’associer les intermédiaires comme les tour-opérateurs et les agences distributrices à la gestion des flux touristiques."

**Le rapport met ainsi face à face des objets de nature différente** : des données agrégées en accès conventionné d'un côté, des analyses en accès libre de l'autre.

L'Alliance France Tourisme est dans son rôle, celui de porter les positions de ses membres. C'est aux rapporteurs de distinguer une donnée d'une analyse.

Il aurait pourtant été intéressant ici de mentionner [Data.gouv](https://www.data.gouv.fr), la plateforme de référence de l’open data public. **Mais ni FTO ni l'Alliance France Tourisme n'y déposent de jeu de données.**

> **En résumé, le rapport reproche à un dispositif de garder ses données, en lui opposant les arguments d'un observatoire qui garde aussi les siennes.**

## Aucune mention des enjeux liés aux données dans les 18 recommandations

**Aucune des 18 recommandations ne parle explicitement de données, d’observation touristique ou d’open data.**

On trouve seulement des références indirectes : résultats "mesurables", inventaire des obligations déclaratives, sans jamais en faire un sujet central.

La section sur la donnée (en fin de document) se clôt sur un appel au dialogue entre administrateurs de bases de données, sans pilote désigné ni calendrier.

## Que fait Destinations Touristiques Intelligentes, le programme espagnol ?

**Le rapport cite l'Espagne en exemple avec son programme Destinations Touristiques Intelligentes (DTI) géré par la société publique Segittur**.

> "Ce programme repose sur l’idée de croiser en continu des données diverses : téléphonie, plateformes de réservation, ou avis de voyageurs, permettant de mesurer les flux en temps réel."

Au-delà de son aspect technologique innovant, c'est surtout la méthodologie employée qui retient l'attention :
- **un portail de données ouvertes**, [Dataestur, accessible gratuitement par API](https://www.dataestur.es/en/apidata/)
- **une méthode en cinq étapes** qui part des problèmes publics à résoudre avant de chercher les données
- **un organe promoteur, créé en 2021 pour coordonner les acteurs et s'accorder sur les grandes lignes de la donnée**

*Source : [datos.gob.es, portail open data du gouvernement espagnol](https://datos.gob.es/en/noticias/how-segittur-drives-smart-and-sustainable-tourism-through-data-sharing)*

## Sans attendre, que pouvez-vous faire ?

- **Cartographier vos sources** : qui produit quoi, à quelle échelle, sous quel régime d'accès. Et par déduction, que vous manque-t-il pour faire le travail d'analyse dont vous auriez besoin.
- **Poser des problématiques** : choisir un problème local (saturation d'un site, saisonnalité) et remonter vers les données nécessaires, comme le propose la méthode espagnole, et comme c'est souvent le cas sur le terrain au sein des OGD.
- **Définir des mandats et des partenariats** : qui collecte, qui retraite, qui ouvre, dans le cadre de conventions entre acteurs publics et privés. C'est aussi la condition d'accès aux dispositifs nationaux comme France Tourisme Observation, réservé aux partenaires institutionnels.
- **Utiliser ce qui est ouvert** : DATAtourisme pour l'offre, data.gouv.fr pour les jeux publics.
- **Produire ce qui manque** : collecter de nouvelles données externes par d'autres méthodes, réaliser des enquêtes de terrain, relevés et comptages etc..., pour consolider et enrichir les bases existantes.

**C'est le type de mission que je réalise pour les territoires : rassembler des sources éparses, en collecter de nouvelles, alimenter des bases de données structurées et construire des tableaux de bord sur mesure, comme pour [l'analyse des hébergements touristiques du Jura](/projets/analyse-hebergements-jura/).** N'hésitez pas à venir [en discuter avec moi](/rendez-vous/).

[^rapport]: [Rapport d'information n° 3275 sur les freins au développement de l'économie du tourisme - Assemblée nationale, commission des affaires économiques (rapporteurs Alexis Jolly et Vincent Rolland), 7 octobre 2026](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion-eco/l17b3275_rapport-information.pdf)
[^INE]: [Spanish Tourism Satellite Account, 2021-2024 Series](https://ine.es/dyngs/Prensa/en/CSTE2024.htm)
[^insee]: [La part du tourisme dans le PIB en 2023 (Insee Focus n° 369) - Insee, 3 décembre 2025](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8670609)
